Un livre papier tactile pour les enfants


« Un Livre », un titre tout simple pour un album pas compliqué
On ouvre ce livre, Un livre, et que voit-on un rond jaune. Un peu simple ? Pas tant que ça, car ce rond jaune va être le point de départ d’un jeu pour rendre l’enfant plus qu’acteur de sa lecture.
En appuyant sur le rond, en frappant des mains, et cliquant, il aura l’impression d’interagir sur son bouquin. Ainsi les ronds jaunes, rouges, bleus se déplaceront dans les pages comme si l’enfant avait provoqué leurs mouvements. Joli pied-de-nez aux tablettes tactiles.

Une merveilleuse idée !
Cela démontre que point besoin d’un écran, d’une manette ou d’une télécommande pour faire bouger les choses. L’imagination suffit à donner l’impression que les pages de ce livre, c’est bien le lecteur qui les a composées. Et ça, c’est tout bonnement génial !
De plus l’enfant apprendra aussi les formes, les couleurs, puis sera tout fier de montrer son livre à son petit frère ou sa petite sœur une fois qu’il aura pigé le truc.

Quelques remarques :

  • Le livre est sorti en janvier 2010, soit quelques mois avant l’iPad. Pour autant, on ne peut pas interpréter autrement (« pied-de-nez ») cette création : le contexte change nécessairement la réception d’une oeuvre.
  • La présentation du livre joue sur les représentations liées à l’imagination, reine de toutes les facultés. Ainsi est-il précisé à la fin de la vidéo : « Ce n’est pas de la magie…C’est le pouvoir de ton imagination ! », argument massue en cette période où dit-on, où, croit-on, les tablettes font tout le travail.
  • En fait, le livre semble moins reposer sur l’imagination et ses pouvoirs que sur un contrat tacite passé entre le lecteur et le livre. C’est un acte de foi qui est à l’oeuvre : j’accepte de croire qu’entre deux séquences, qu’entre deux pages, mon action a eu un impact, parce que le jeu, et le plaisir que je peux alors en tirer, dépendent de la suspension de mon jugement. Si je tourne les pages sans exécuter ce qui m’est demandé, je rate donc l’essentiel et la possible récompense : je suis exclu du jeu non pas parce que je tricherais mais parce que je dénonce les codes nécessaires à son établissement.
  • Cette suspension est également favorisée par des actions de coopération, qui créent une tension fictive entre la réalisation de cette action et son résultat. Ainsi, à un moment donné, l’auteur demande au lecteur « d’appuyer sur tous les boutons jaunes très très fort » comme s’il pouvait y avoir des conséquences.
  • L’impression de mouvement (premières images) est assurée par l’imperfection des reproductions du même bouton. C’est parce que tous les boutons jaunes ont des largeurs, des hauteurs différentes, que la première séquence en mouvement est possible et s’apparente à un flipbook.
  • Et c’est ce qui assure la qualité de l’ouvrage : la monstration de l’artisanat, c’est-à-dire du geste qui ne peut pas répéter exactement le même signe. C’est cette imperfection, qui témoigne d’une présence (celle de l’auteur) qui signe l’oeuvre et qui autorise, par la manipulation du texte, à refaire son parcours.
  • Ce qui nous fascine donc à la lecture de ce livre, ce qui provoque « émerveillement », la « poésie », c’est la prise de conscience des opérations intellectuelles nécessaires à la lecture, que rendent possible un acte de foi, une adhésion et une coopération. Le titre (« Un livre ») n’annonçait par conséquent rien d’autre que la mise en visibilité de l’acte de lire.
www.herve-tullet.com
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